Jeudi dernier s'est tenu notre dernier (en date) " Passe-moi le mot ", grignotage littéraire des Escales de Binic. Nous avons été chaleureusement et confortablement accueillis à cette occasion dans une salle du Brithotel le Galion, où un grignotage fort sympathique nous attendait.

Ainsi qu'il était prévu, nous avons eu le grand plaisir de passer la soirée en compagnie de Fabienne Juhel.

 

Juhel bis

 

La soirée s'est déroulée en deux parties.

Tout d'abord, pour être fidèle à l'esprit qui nous anime depuis la création des " Passe-moi le mot ", nous avons voulu que les participants qui le souhaitaient puissent présenter et partager un coup de coeur.

Dans la seconde partie, Fabienne Juhel nous a présenté son oeuvre, et a accepté avec enthousiasme de jouer le jeu des " textes fondateurs " : elle avait apporté ses livres préférés et nous en a lu quelques extraits.

Je me propose de développer tout ceci et de vous en faire un compte- -rendu précis, que vous trouverez ci-dessous.

Bonne lecture !

 

Compte rendu du " Passe-moi le mot " du jeudi 24 avril :

 

C’est Isabelle qui a démarré la soirée en nous présentant L’Ame chevillée au corps d’Ève Lerner. Ce livre a obtenu le prix des lecteurs du Télégramme. Isabelle y a été particulièrement sensible car il traite du langage familial, issu de l’enfance. L’auteur, poète et linguiste, a repris les expressions populaires qui ont nourri ses années de formation pour les réutiliser dans un récit personnel. Il s’agit ici de son premier texte en prose. Très jolie découverte pour Isabelle, qui a su trouver les mots pour nous faire partager son coup de cœur.

 

 

Danièle nous a ensuite parlé d’un récit de Ilse Jordan : Derrière les portes de l’Extrême- Orient. Ilse Jordan, née en Alsace en 1891, a vécu en Chine de 1923 à 1931. Il s’agit d’un très beau récit de voyage, celui d’une voyageuse à la curiosité insatiable douée d’une écriture à la précision cinématographique. Danièle nous l’a faite découvrir dans un extrait relatant l’ascension nocturne du Mont Fuji, illuminée d’étoiles et de lampions, ambiance onirique hors du temps. Le récit vaut aussi pour les circonstances très romanesques de sa redécouverte : à vous d’aller y voir d’un peu plus près.

 

Voyage encore avec l’intervention de Françoise qui nous a donné envie de lire Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi. Professeur à l’université de Téhéran, Azar Nafisi se voit contrainte à la démission par les nouvelles autorités iraniennes après la révolution islamique. Elle va clandestinement, pendant presque deux ans, réunir chez elle sept de ses anciennes étudiantes pour des échanges essentiels autour de textes et d’auteurs occidentaux (Lolita de Nabokov, Gatsby le Magnifique de Fiztgerald, des œuvres de Jane Austen…) Texte extrêmement émouvant sur  l’expérience unique vécue par ces jeunes femmes autour de la qualité à la fois universelle et indispensable de la littérature.

 

Si elle avait eu plus de temps, Françoise aurait bien aimé nous parler plus longuement du livre qu’elle n’a pu qu’évoquer : Le Club Jane Austen, de Karen Joy Fowler. Ce roman américain évoque, lui aussi, la puissance de l’impact de la littérature sur nos vies, à travers l’expérience d’un groupe d’amis qui se réunissent régulièrement pour échanger autour de l’œuvre de l’immense romancière anglaise.

 

Puis, ce fut au tour de Vincent F. de nous présenter son choix : L’Armoire, de Pierre Bourgeade. Pierre Bourgeade est l’auteur d’une œuvre polymorphe, il est romancier, dramaturge, poète, journaliste. L’Armoire est le récit des aventures rocambolesques d’un transfuge du Mur de Berlin, qui va fuir l’Est par les égouts, non sans avoir au préalable ingurgité la seule possession qu’il ne voulait pas laisser derrière lui : son armoire … (petit bout par petit bout). Son aventure va exciter le monde des médias occidentaux et s’ensuivra une fable politique assez amère sur les rapports Est/Ouest, sur le mercantilisme, l’individualisme. « L’Ouest est sensible à la misère humaine quand c’est la misère de l’Est. »

 

Vincent L. nous a présenté avec beaucoup d’énergie le roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, Les Perroquets de la place d’Arezzo. « Ce mot simplement pour te signaler que je t’aime. Signé : tu sais qui. » Cette petite lettre anonyme va semer le trouble dans bien des existences autour de la place d’Arezzo, et être le prétexte à un certain nombre de malentendus, d’attentes, de désirs et de déceptions.

 

J’ai souhaité quant à moi partager la grande émotion que j’ai ressentie à la lecture du court roman d’Hubert Mingarelli, Un Repas en hiver. Une écriture épurée, qui nous amène avec une étonnante simplicité au plus près des paysages, des visages, des émotions, un sujet âpre et sans concession : un roman porté par la grâce et dont l’empreinte marque l’esprit durablement.

 

La deuxième partie de la soirée a été consacrée à notre invitée : Fabienne Juhel. Acceptant avec grand plaisir de se plier aux règles de notre « Passe-moi le mot »  qui veut que chacun arrive avec ses textes fondateurs, Fabienne a joué le jeu et a sorti d’un grand sac ses livres de prédilection. Tout en entrecoupant ses présentations de commentaires et précisions sur son travail personnel.

 

Nous avons appris que son dernier ouvrage paru, Julius aux alouettes, lui a demandé une « gestation » de sept ans : Julius est un roman à plusieurs voix, chaque voix supposant une disposition particulière, demandant à être habité d’une énergie propre. Chaque voix a donc été écrite à distance l’une de l’autre, avec des pauses suffisamment longues pour lui permettre d’écrire ses autres romans.

 

Fabienne a choisi de nous présenter deux romans contemporains qui l’ont beaucoup marquée par la qualité du style et par la puissance de l’histoire : Les Faibles et les forts, de Judith Perrignon. Une réflexion sur la condition des Noirs dans l’Amérique d’aujourd’hui, où les inégalités persistent toujours de façon criante. Le roman dépeint la manière dont les comportements et habitudes issus de l’esclavage et des siècles de ségrégation entraînent des conséquences dramatiques dans le quotidien et la destinée des hommes d’aujourd’hui.

 

Remonter les rivières, de Liza Kérivel. Ce roman nous a été présenté par Robert lors du précédent « Passe-moi le mot ». (Voir compte-rendu février)

 

Dans son roman Les Oubliés de la lande, Fabienne Juhel rend un hommage appuyé à Cent ans de solitude, de Gabriel Garcia Marquez et nous a lu l’extrait en question. On comprend donc que c'est un des romans fondateurs de Fabienne, à placer dans son panthéon personnel aux côtés de Virginia Woolf (pour toute son oeuvre et notamment pour Orlando), Jean Giono (Un Roi sans divertissement, Colline), Albert Camus (L’Etranger, Noces), Tristan Corbière (Les Amours jaunes).

 

J’en oublie, la soirée a été riche.

A une prochaine fois !                        

Bien amicalement,            

Corinne Dirmeikis

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