Kafka  disait  que  l’écriture  « permet  de  sauter  d’un  bond  hors  du  rang  des 
assassins ». Agnès Desarthe ajoute « (…) la lecture aussi. Car ce sont les deux 
faces d’une seule et même pièce. » En ces temps de brutalité et d’incertitude, il 
est vital de faire ce bond, hors de « l’horreur fondamentale » (Lacan). 


Ici, à Binic, dans ce « grain de beauté » breton, cet écrin chaleureux, la littérature 
fait halte, non pour s’abstraire du monde et son tumulte mais bien pour l’interroger 
et donner à voir l’indicible. Dans ce (presque) bout du bout, le monde affleure par 
la mer et les mots des écrivains. C’est bien pour cela que le festival est ouvert aux 
écritures vagabondes, celles qui viennent d’ailleurs et de plus loin, par les flots 
ou par les vents, celles qui s’inventent près de nous aussi et s’aventurent hors de 
nos peurs et notre confort. 


Escales pour décharger – quoi ?, recharger peut-être – mais quoi ?, peut-être ce 
qui est hors la vulgarité : la possibilité de l’amour. Puis reprendre le chemin de 
l’errance et de l’espérance. Retrouver les mots du poète « la vie est courte, nous 
n’avons pas le temps pour la haine » (Hubert Haddad). 


Alors  nous  ferons  ce  bond  hors  du  rang  des  assassins ;  peut-être  arriveronsnous aussi à les arrêter, du moins circonscrire l’obscurité qui menace de nous 
engloutir.


Yahia Belaskri

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