Compte rendu du grignotage littéraire du 25 février 2016

Compte rendu du grignotage littéraire des Escales de Binic

Le Nord-Sud jeudi 25 février 2016

Thème de la soirée : les auteurs invités au festival les Escales de Binic 2016

À un mois de l’ouverture du festival 2016, les programmateurs ont été conviés pour présenter quelques uns des auteurs invités et partager leurs découvertes. Cette soirée se revendiquait clairement comme une discussion entre « gros curieux », et c’est bien ce qu’elle fut : ni un catalogue exhaustif, ni une conférence de presse, mais bel et bien un partage très convivial autour d’un certain nombre de coups de cœur des programmateurs.

Anne Chopin, en charge de la programmation « Essais-Beaux livres », a ouvert la soirée en présentant les quatre auteurs qu’elle a invités :

- Gilles Lapouge, écrivain voyageur qui refuse de se spécialiser et revendique de s’intéresser à tout, avec beaucoup de sérieux et d’érudition, mais sans jamais se prendre au sérieux. Pour lui, le don de voyager passe par la capacité à se perdre « Je me perds tout le temps … ». Son dernier ouvrage : L’âne et l’abeille, édition Le Livre de Poche (référence à un poème de Francis Jammes appris en classe primaire) est une sorte de fable sans morale au ton léger mais qui propose en profondeur une réflexion philosophique et politique, sur nous-mêmes, notre société. Gilles Lapouge :

« Francis Jammes est un très beau poète. Un jour, il a mis dans un quatrain un âne et une abeille. Je me suis demandé pourquoi il avait réuni ces deux animaux.

J’ai comparé les labeurs de l’abeille avec la philosophie espiègle de l’âne. J’ai jeté un œil dans les ruches, dans l’atelier où les hyménoptères fabriquent le nectar des dieux. Et j’ai cru repérer le lieu où les deux animaux affichent leur ressemblance. Ce lieu est la sexualité : l’insecte et le mammifère défient la loi fondamentale : tu n’aimeras pas un individu d’une autre espèce que la tienne. Ils désobéissent. Ils aiment ceux qu’ils aiment, et tant pis si les dieux froncent le sourcil. Pareille révolte contre l’ordre des choses est sans exemple. C’est elle qui a permis à l’âne d’introduire sur la terre un individu qui n’avait pas été dessiné dans les cartons de Dieu, le mulet, et à l’abeille de renouveler le miracle de la vie en faisant l’amour avec les roses. »

- Vincent Hilaire, reporter-photographe embarqué à bord d’un grand dériveur polaire nommé Tara, a reçu le prix spécial du Livre maritime pour Voyage autour du pôle à bord de Tara (Hachette Tourisme). Superbement illustrée, une passionnante chronique de la recherche océanique polaire.

- Yvon Le Corre, navigateur, artiste-peintre, aquarelliste de Tréguier, sera également l’invité de l’exposition 2016 au château de la Roche-Jagu. Son ouvrage Les outils de la passion a été réédité par le Chasse-marée Armen. Personnalité rebelle tendance anar, peu sensible aux honneurs et médailles, Yvon Le Corre est l’auteur de nombreux carnets de voyages. Son dernier ouvrage en date, L’ivre de mer, imprimé au plomb, au cuivre et à l’eau forte par ses soins sur une presse vieille de 150 ans, est l’œuvre d’un artiste-artisan puriste et passionné.

- Emmanuel Rimbert est un diplomate, nommé premier secrétaire de l’ambassade de France à Tripoli quelques jours après l’attentat qui a coûté la vie à l’ambassadeur américain, en septembre 2012. Il va vivre là, au cœur du chaos, un certain nombre de Jours intranquilles en Libye. (Éditions Équateurs) Renouant avec la tradition du diplomate écrivain, Emmanuel Rimbert nous offre le journal de la survie en milieu hostile, choses vues, réflexions littéraires, souvenirs comme autant de planches de salut.

Vincent Flochel, en charge de la programmation romans, a commencé par présenter le dernier livre d’Angélique Villeneuve, à paraître dans quelques jours : Nuit de septembre.(Phébus) Le récit du deuil d’une mère, qui cherche par l’écriture à s’inscrire dans un présent possible, à trouver la force de se tenir debout et de faire face. Un livre bouleversant, mais profondément positif qui donne envie d’en parler autour de soi pour prolonger et propager cette parole.

David Thomas est un journaliste, auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre. Il a notamment écrit La patience des buffles sous la pluie. (Stock) Dans ces fragments, petites nouvelles à la mélancolie joyeuse, David Thomas se délecte des petits riens qui font la vie : « Heureusement qu’il y a le langage ».

Mérédith Le Dez, en charge de la programmation poésie-théâtre-spectacles, nous a présenté Dominique Sorrente, poète qui sera présent au salon des dédicaces mais également sur scène pour son spectacle Nord-Sud, où vont les fleuves ? Arlequin multi facettes à la personnalité chaleureuse, Dominique Sorrente sait mêler joie explosive et mélancolie, profondeur et fantaisie. Il est l’auteur de nombreux recueils, (Chênes éditeur, Éditions Tipaza, Éditions MLD) avec un goût pour le livre-objet, le livre d’artisan avec typographie au plomb, beau papier, police soignée.

Frédéric Prilleux, en charge de la programmation BD est venu avec plusieurs ouvrages de trois auteurs :

Emmanuel Moynot, originaire de Bordeaux, est l’auteur d’une trentaine d’albums. Son univers est celui du polar (Qu’elle crève, la charogne !, Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s’échouer sur nos rivages ?) (Casterman, Glénat) Il a fait de nombreuses adaptations littéraires, a pris la suite de Tardi pour prolonger les aventures de Nestor Burma, adapté la Suite française d’Irène Némirovsky, publié une imposante BD-reportage sur l’affaire Goldman, et plus encore, à découvrir durant le festival.

Aude Samama, illustratrice et auteur de BD qui a la particularité de ne travailler qu’en peinture, vient de publier une adaptation de Martin Eden, de Jack London. (Futuropolis). Elle a auparavant exploré des univers musicaux aussi différents que ceux de Bessie Smith, Amalia Rodriguès ou encore Rachmaninov.

Stéphane Oiry, illustrateur et auteur d’une douzaine de BD, il a repris les personnages des Pieds Nickelés : La nouvelle bande des Pieds Nickelés, (Delcourt) et travaillé un personnage de détective sur deux albums avec la série des Maggy Garrisson. (Dupuis). Il a également illustré la revue XXI avec un reportage sur les femmes afghanes, Le jardin des captives.

Robert Blondel a tenu à souligner le plaisir que nous allons avoir à retrouver Brigitte Giraud qui a accepté avec enthousiasme le rôle de présidente d’honneur de l’édition 2016. Marque des grands auteurs : c’est en nous parlant d’elle-même (J’apprends, Avoir un corps, …) à sa façon, si sensible, directe et limpide, que Brigitte Giraud nous parle de nous et nous en apprend sur nous-mêmes. Son dernier opus, Nous serons des héros, (Stock) met en évidence l’héroïsme des vies « ordinaires ».

Alice Zeniter, Juste avant l’oubli (Flammarion). L’auteur joue avec l’intrigue de son roman, dont la construction astucieuse offre un grand plaisir de lecture.

Les programmateurs sont tous tombés d’accord pour qualifier d’exceptionnelle l’écriture d’Alexandre Seurat, jeune auteur angevin qui vient de faire paraître un premier roman très remarqué : La maladroite, éditions du Rouergue. Servi par une écriture très juste, sans aucune complaisance, Alexandre Seurat nous propose un roman choral dans lequel se font entendre les diverses voix de l’entourage d’une petite fille maltraitée jusqu’à la mort, les voix de ceux qui ne savaient pas, ne voyaient pas, ne voulaient pas voir.

Vincent Flochel : présentation de Philippe Vilain, connu entre autres pour son roman Pas son genre (Grasset) adapté au cinéma par Lucas Belvaux, maître de l’analyse fine et profonde du sentiment amoureux.

Yahia Belaskri, Les fils du jour, Éditions Vents d’ailleurs. Portée par une superbe langue, une saga historique sur la colonisation de l’Algérie, du point de vue algérien.

Mireille Blondel a présenté Le porteur de cartable, d’Akli Tadjer (Pocket). La guerre d’Algérie, vue de Paris et à hauteur d’enfant.

Mérédith Le Dez a présenté le parcours de Salah Al Hamdani, poète irakien issu d’une famille analphabète, soldat de Saddam Hussein avant d’en connaître les geôles et les tortures pour s’être opposé à la dictature. Nourri de culture française (Camus), c’est la France qu’il a choisie comme terre d’exil depuis 30 ans. Poète, homme de théâtre, Salah Al Hamdani est publié chez L’Harmattan, Bruno Doucet, Le temps des cerises. Adieu mon tortionnaire, Deux enfants de Bagdad (avec Ronny Someck), Le balayeur du désert.

Michèle Lesbre sera également présente sur le festival. Après une carrière d’institutrice, Michèle Lesbre commence à écrire des romans noirs dans lesquels elle explore un certain nombre de questions sociales et politiques, avant de se tourner vers une écriture plus intimiste et de traiter des thématiques comme la quête de l’origine, l’identité. Orfèvre des mots travaillant la langue avec une grande finesse. Chemins, Écoute la pluie, (Sabine Wespieser).

Françoise Gehannin a parlé du premier roman de Yahia Belaskri : Le bus dans la ville. (Vents d’ailleurs). Le retour d’un exilé qui appréhende sa ville quittée depuis longtemps au travers des différents personnages qui prennent le bus et représentent des figures oubliées de l’enfance et de la jeunesse. Se dessine en filigrane tout un pan de l’histoire algérienne, après la décolonisation.

Comment j’ai mangé mon estomac, de Jacques A. Bertrand, (Julliard) écrivain, collaborateur régulier de l’émission Des Papous dans la tête. Comment maintenir à distance son corps souffrant, trouver le ton (un humour sidérant) pour parler du cancer avec légèreté et profondeur.

Vous avez lu jusqu’ici ? Bravo ! Ce compte rendu est très long, et dire qu’il n’est pas exhaustif… Nous avons aussi évoqué Dominique Manotti, Thomas B. Reverdy, Colin Niel, Hervé Hamon et Fabienne Juhel sans réussir à parler de tous les invités aux prochaines Escales de Binic.

En attendant le festival, vous pouvez retrouver la liste des invités progressivement dévoilée sur le blog : http://escales-de-binic.over-blog.com/

Prochain rendez-vous le jeudi 17 mars au Vacanciel pour une soirée spéciale BD en présence de Frédéric Prilleux (bibliothécaire à la médiathèque de Pordic, programmateur BD de notre festival, grand spécialiste en la matière)

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