JEUDI 17 SEPTEMBRE 2015

LE NORD-SUD, BINIC

Pour la rentrée de la saison 2015-2016 des grignotages littéraires, j’ai proposé d’inaugurer une rubrique « Découverte » sous forme d’une présentation très rapide d’un auteur : pour cette première, j’ai choisi de parler de Ron Rash, dont la lecture du recueil de nouvelles Incandescences, et des romans Terre d’ombre et Le monde à l’endroit m’ont donné à penser que je venais de découvrir un auteur majeur, dans le lignée de Raymond Carver et de Jim Harrison : courrez-y !

Qui d’entre vous tiendra cette rubrique « Découverte » le mois prochain ?

Pour cette première soirée, le thème choisi était :

« Cet auteur a changé ma vie »

Premières lectures enfantines, ouverture des perspectives à l’adolescence, découvertes de l’âge adulte, quelles que soient les circonstances l’expérience partagée ce soir nous a rappelé combien le bon livre nous arrive dans les mains au bon moment, et qu’en littérature comme ailleurs, le hasard n’existe pas.

Françoise Gehannin a débuté la soirée en présentant un « livre de lecture », tout en soulignant l’ironie de l’appellation pourtant commune. Il s’agit de Poucet et son ami, de Charlot Géron, en hommage à la découverte fondamentale de l’acte de lire. Elle nous a également présenté Amadou le Bouquillon, de Charles Vildrac dont l’écriture poétique lui a permis de suivre l’apprentissage de la liberté, de l’amitié, de la solitude avec le personnage principal. Avant de découvrir à l’âge adulte combien Charles Vildrac avait vécu une vie de courage et d’engagement, contre tous les fascismes.

Pour rester dans le domaine des souvenirs d’enfance, Danièle Pallec a présenté Apoutsiak, le petit flocon de neige de Paul-Émile Victor. Ce livre, lu par son institutrice en récompense pour le travail accompli, représentait à ses yeux une bulle de liberté, la découverte de ce que permet la lecture : des mondes qui s’ouvrent, en pensée et en réalité, le pouvoir de toucher du doigt l’étrangeté, savoir qu’il existe autre chose que la grisaille.

Sandrine Lamour nous a parlé avec une belle simplicité et beaucoup de sensibilité d’une lecture fondamentale, venue au bon moment : celle des Propos sur le bonheur du philosophe Alain, qui lui a permis, à une période difficile de sa vie, de passer le cap en apprenant à s’ouvrir, à relativiser, à accueillir et accepter le changement.

Richard Zenou a relevé brillamment le défi de nous présenter en 5 minutes un ouvrage de 600 pages, Des choses cachées depuis la fondation du monde, de René Girard dont la lecture lui a procuré un électrochoc aux conséquences durables avec la découverte d’un univers inattendu : une sorte de grille de lecture de toutes les relations humaines, analyse approfondie des mécanismes qui règlent la vie des sociétés, livre-somme qui revisite les textes bibliques à la lumière de l’anthropologie.

Robert Blondel a évoqué le lien particulier qui le lie à Jean Giono, dont la lecture à différentes époques de sa vie (en particulier Regain, Le Chant du monde, Le Grand Chemin, Un roi sans divertissement) a orienté sensiblement les choix, les étapes, les décisions. La puissance tellurique du Chant du monde a été pour lui le révélateur du fait que l’on peut se permettre de construire une épopée dans n’importe quel monde et à n’importe quelle époque, et à ce titre a pu déclencher son travail d’écrivain.

Paul Dirmeikis a évoqué la passion qu’il éprouve à la fois pour le personnage et pour l’œuvre de James Joyce, artiste rebelle, intransigeant, têtu, obsédé par la volonté de construire une œuvre. Il a parlé en particulier d’Ulysse, qui relate en détail la journée du 16 juin 1904, à Dublin, et de la volonté de l’auteur de rendre la banalité extraordinaire, ainsi que du travail sur la langue qu’il a produit. Pour Paul, rencontrer Joyce a été la révélation à l’adolescence que la littérature est autre chose que « raconter des histoires » et peut aussi être un travail sur le matériau-langage dans lequel la forme révèle le fond.

Catherine Kembellec a été très marquée, à l’âge de neuf ans, par la lecture d’une bande dessinée parue dans un périodique (Âmes vaillantes), relatant la vie d’Hélène Keller. Là encore, la prise de conscience permise par cette lecture précoce aura orienté les choix de toute une vie, de fait accompagnée par cette autre vie. D’où un goût marqué pour les fresques sociales de Zola, de Hugo, et pour la littérature de reportage, concrétisé par de nombreux voyages et séjours professionnels sur trois continents.

Vincent Larnicol a vécu un éblouissement en lisant L’Étranger de Camus, en classe de 1ère. Alors qu’il ne trouvait auparavant pas vraiment de plaisir à lire, ce roman-là a su déclencher durablement le virus de la lecture.

Simone Ruellan nous a parlé du choc salutaire ressenti à la lecture de Ainsi soit-elle, de Benoîte Groult, qui grâce à son récit limpide lui a permis de mettre des mots sur des ressentis, de découvrir et d’analyser le sort fait aux femmes, lui a donné les clés pour vaincre une part de timidité et les armes pour mieux s’affirmer. Une révélation lumineuse.

Pour ma part, j’ai eu plaisir à évoquer Jack London, qui m’a ouvert les portes de la littérature lorsque j’ai dévoré ses écrits publiés par Francis Lacassin dans les années 70, dans l’alors toute nouvelle collection de poche 10-18, dont je guettais la parution comme celle d’un feuilleton. Découverte d’un auteur complexe et contradictoire, d’une œuvre multiforme, bien plus riche que des seuls (magnifiques) romans d’aventures pour lesquels Jack London a surtout été connu.

Une soirée particulièrement enrichissante, au cours de laquelle la qualité d’écoute des participants a favorisé une belle circulation de la parole. L’accueil que nous a réservé le Nord-Sud n’est certainement pas pour rien dans la réussite de la soirée : salle calme et confortable, sourires, grignote particulièrement délicieuse … Un grand merci à tous !

Prochain grignotage le 15 octobre à 19 h 30 au Vacanciel. Thème : les trésors cachés de la littérature. (Ils sont tombés dans l’oubli, ils n’ont pas eu de retentissement mais cet auteur, ce livre, comptent pour moi.)

A très bientôt !

Corinne Dirmeikis

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